La douce insurrection des poèmes de Desmond Morris – Gentle Mutiny: The Poems of Desmond Morris

Extrait de la préface de Silvano Levy pour Desmond Morris – À tue tête / Headworks

Traduction de Michel Remy

Version anglaise

En 1967, Desmond Morris avait étonné le monde entier avec son ouvrage révolutionnaire Le Singe nu. Mais longtemps avant de devenir un auteur célèbre et une vedette du petit écran, il avait déjà défrayé la chronique en tant que peintre. Lorsque ses toiles furent montrées au public pour la première fois, elles soulevèrent un véritable scandale.

Une exposition organisée en 1948 à Swindon, dans le sud de l’Angleterre, avait suscité de nombreuses lettres enflammées envoyées à la presse, dans lesquelles on exigeait que les toiles fussent « brûlées dans un fourneau ». Loin de le décourager, ces réactions nourrirent son imagination. Au coeur de celle-ci, grouillent des formes organiques fluides et distordues que l’on nomme « biomorphes », c’est-à-dire des représentations essentiellement d’ordre biologique, d’apparence charnelle et osseuse. Il n’y a pas deux biomorphes qui se ressemblent et pourtant ils ont tous quelque chose en commun, comme s’ils appartenaient à la même « famille » de créatures. Mais ce ne sont pas non plus des représentations de formes inférieures de la vie et Morris a toujours souligné avec insistance que ses inventions ne sont en rien des illustrations biologiques. Elles n’en révèlent pas moins un certain rapport avec les nombreuses formes organiques que Morris, enfant, observait avec fascination dans l’étang de la propriété familiale et qu’il continua ensuite à étudier en tant que scientifique.  […]

Sous la surface d’un humour qui de toute évidence prédomine, semblent bel et bien poindre une certaine malice et même un défi lancé aux habitudes qui confine à la révolte. Sans qu’ils soient de pures et simples diatribes, les poèmes de Desmond Morris peuvent être considérés, à des degrés divers, comme des « insurrections », sur un mode à
peine retenu, contre la réalité quotidienne à laquelle nous ne sommes que trop habitués.

Silvano Levy


In 1967 Desmond Morris had startled the world with his groundbreaking book The Naked Ape. But, long before becoming a famous author and subsequently a television personality, he had already gripped public attention as a painter. When his canvases were first shown in public, they managed to arouse public outrage. An exhibition held in 1948 inspired angry letters to the press, with demands that the exhibits be “burnt in a furnace”. Far from discouraging him, this reaction seemed to inspire Morris. At the heart of this previously denigrated style lie Morris’s contorted and fluid quasi life-forms named “biomorphs”. As this appellation suggests, the depictions are essentially biological in
nature, appearing recognizably fleshy or bony. No two biomorphs are alike and yet they all have something in common. It is as though they belong to the same “family” of beings. But, the biomorphs are not representations of the lower forms of life and Morris has insisted that his inventions are not biological illustrations. However, they undeniably reveal a certain correlation with the numerous forms of life that Morris had observed as a child in the family lake and then had gone on to study as a scientist. […]

There is humour as well, undoubtedly, but the mischievous and, even, mutinous defiance of the habitual is not far from the surface. Whilst never being outright diatribes, Morris’s poems can be regarded, to various degrees, as “mutinies”, albeit in a restrained form, against the everyday reality to which we have grown accustomed.

Silvano Levy